Partager

D’après une récente analyse de CFA Montréal, ce serait l’évolution défavorable des rendements, et non les faibles rendements, qui explique 60 % des scénarios où le revenu d’un client est inférieur au revenu cible à la retraite.

«De mauvais rendements au cours des cinq premières années de la retraite diminueront le revenu soutenable à la retraite, et ce, même si le niveau de rendement moyen est adéquat à long terme», affirme l’organisme.Ainsi, au moment de la retraite, le risque financier du retraité serait près de son niveau maximal. Pourquoi ? «En effet, le retraité, en présumant qu’il ne travaille plus, ne contribue plus à son capital sous forme d’épargne, alors qu’il a devant lui le plus long horizon de retraits à faire. Il est donc très exposé à une crise qui surviendrait tôt», explique Jacques Lussier, CFA, président et chef des placements chez Ipsol Capital et auteur de cette publication. Il propose une illustration éloquente du problème.

Une démonstration chiffrée

Supposons qu’un portefeuille rapporte un rendement fixe de 4,0 % par an (après frais) pendant 30 ans. Le rendement moyen composé sur cette période est donc de 4,0 %, car il est totalement fixe. Considérons un autre scénario où le rendement est de -20 % la première année, de 0 % la deuxième, puis de 5,125 % par an pendant les 28 dernières années. Dans ce cas, le rendement moyen composé est également de 4,0 %. Ainsi, dans les deux cas, si un client avait 1 M$ et qu’aucun retrait n’était effectué, il aurait approximativement 3,24 M$ après 30 ans.

À la retraite, le client retire périodiquement des sommes qui seront sensiblement les mêmes puisqu’il a besoin du même montant pour vivre, que les rendements soient bons ou mauvais. Considérons alors les deux scénarios de rendement ci-dessus en supposant que le retraité a besoin d’un montant de 45 000 $ par an ajusté en fonction d’une inflation de 2 %. Il retire 45 000 $ la première année, 45 900 $ la deuxième, 46 818 $ la troisième, etc. Qu’arrive-t-il à la valeur de ces deux portefeuilles ?

Dans le premier scénario, le client sera à court d’argent pendant la 31e année, et dans le second cas, au cours de la 24e année. Pourquoi ? Parce que les retraits sont effectués sur une base de capital plus faible dans le second cas. «Il y a donc un facteur « chance ». Ceux qui prennent leur retraite au début d’une forte croissance des marchés seront agréablement surpris. Ce sera le contraire pour ceux qui le font au moment d’une crise financière», indique Jacques Lussier.

L’attrait des rentes

Pour affronter ce risque financier, les solutions de placement souvent proposées à la retraite sont les fonds à date cible et les produits cycle de vie. À mesure que le retraité vieillira, la portion à revenu fixe de son portefeuille augmentera. «Ces produits ont tendance à réduire significativement l’allocation en actions, ce qui diminue le risque, mais aussi le rendement pendant plusieurs décennies», rappelle Jacques Lussier.

Un autre moyen de réduire l’incertitude est d’acheter une rente viagère auprès d’un assureur et ainsi de faire en sorte d’avoir un revenu stable garanti. Bien sûr, cela nécessite une ponction de capital en début de retraite, mais cela procure aussi une paix d’esprit qu’on ne doit pas négliger. Selon les calculs de Jacques Lussier, toucher 30 % de son revenu de retraite en rentes est une portion sensée. Ceci inclut les prestations de la Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et du Régime de rentes du Québec (RRQ).

«Dans une très grande majorité de scénarios, il est mathématiquement et financièrement intéressant de retarder [le moment où on commence à toucher] ses rentes gouvernementales, et ce, même si cela signifie que l’on soutire des montants de son épargne personnelle», ajoute-t-il. On ne tient pas compte ici de l’état de santé du retraité.

«On peut ainsi magasiner entre 60 et 64 ans des rentes différées à l’âge de la retraite. On achète un petit montant chaque année jusqu’à 65 ans, par exemple. Cela diminuera de beaucoup l’effet de regret lié à l’achat d’une rente au moment de la retraite, lorsque les marchés ont été très défavorables pendant la dernière année», remarque Jacques Lussier.

Il propose une rente simple garantie 10 ans et si nécessaire, transférable au conjoint survivant. «On ne l’indexe pas à l’inflation puisque même si la rente perd de la valeur avec le temps, le risque le plus important sera au début de la retraite. En vieillissant, j’aurai moins d’années à vivre devant moi et si un crash boursier survient plus tard, il amputera moins gravement mon épargne-retraite», explique-t-il.

Le fait d’avoir au moins 30 % du portefeuille sous forme de rentes permet également de maintenir un niveau de risque plus élevé au sein du portefeuille. Ainsi, les 70 % qui restent pourraient avoir une allocation en actions plus élevée. Il serait aussi possible de gérer la répartition des actifs en utilisant un modèle dynamique qui repose sur des prévisions de risque. Cela signifie qu’on réduit l’exposition aux actions lorsqu’il y a beaucoup de volatilité et qu’on l’augmente lorsque le marché est calme.

«Il est d’ailleurs documenté que nous sommes meilleurs dans notre industrie à prévoir les risques (volatilité) que les rendements. Toutefois, ce genre de méthode est plus complexe à mettre en oeuvre et également à expliquer au retraité. Une solution intermédiaire serait de recourir quand on vieillit à des fonds en actions à faible volatilité», note Jacques Lussier. Les fonds négociés en Bourse (FNB) à faible volatilité en sont un exemple.

Faire varier les retraits

Étant donné que la durée de la retraite s’allonge et que de plus en plus de clients vivent au-delà de 90 ans, les approches de gestion de risque vont se complexifier. La planification financière des clients devrait ainsi incorporer la possibilité que les retraits prévus soient plus faibles en cas de rendements défavorables ou de crise majeure, notamment au début de la retraite.

«Évidemment, il y a une limite à la capacité à ajuster les retraits à la baisse. Si la valeur du portefeuille baisse de 20 %, on ne peut pas nécessairement diminuer les retraits de 20 %. Je travaille actuellement à une mécanique (algorithme) de décaissement qui s’ajuste en période de crise en fonction de la gravité de celle-ci, de l’âge et de la santé du retraité. Cela fera partie d’un livre que j’écris actuellement», indique Jacques Lussier.

Le plus important sera d’effectuer, plusieurs fois avant la retraite, des projections afin d’éliminer l’effet trompeur d’un creux ou d’un sommet boursier, selon Daniel Laverdière, directeur principal, planification financière et services-conseils, de Banque Nationale Gestion privée 1859 : «Si on prend une seule photo au haut du marché et que le marché dégringole l’année suivante, il y a de bonnes chances que l’on dise à son client qu’il devra dépenser moins que prévu.»

«En prenant plusieurs lectures une dizaine d’années avant la retraite, on peut saisir une montée et une baisse de marché, cela nous donnera une meilleure idée du revenu de retraite qui sera raisonnable. Psychologiquement, cela peut rassurer le client et l’aider à avoir une vision réaliste de sa situation», ajoute-t-il. Ce dernier suggère également d’étudier un scénario où le rendement moyen projeté est 1 point de pourcentage (100 points de base) moins élevé que prévu, selon le profil1 du client et les normes de projection de l’Institut québécois de planification financière.

Protéger 4 ans de décaissement

Qu’en pense Dany Provost, directeur, planification financière et fiscale chez SFL, Cité de Montcalm ? «Les simulations de type Monte Carlo permettent de tester des milliers de scénarios avec des rendements projetés et nous donnent un ordre de grandeur du revenu de retraite. Elles seront souvent moins pessimistes et plus réalistes que de baisser de 2 points de pourcentage le rendement à long terme d’une projection de retraite», affirme-t-il. Ce dernier aime bien l’idée de mettre de côté des sommes trois ou quatre ans avant le décaissement.

«En gros, on prend des profits lorsqu’on a des gains en Bourse et on ne fait rien lorsque les marchés sont négatifs. Souvent, une année négative sera suivie de quelques années positives», précise-t-il. Même en 2008, le marché était remonté deux ans après, alors une zone tampon de quatre ans est sécuritaire, selon Dany Provost. Donc, si on doit décaisser un montant résiduel de 20 000 $ par an à la retraite, on voudra quatre ans à l’avance retirer du marché boursier cette somme que l’on placera de manière sûre. L’année suivante, si le marché baisse, on ne décaisse que les sommes placées de façon sécuritaire. La troisième année, si le marché a été favorable, en plus du retrait régulier de 20 000 $ du compte sécuritaire, on devrait transférer 40 000 $ du marché boursier vers ce compte pour compenser l’année précédente.

En résumé, le risque d’une séquence de mauvais rendements peut être atténué en combinant plusieurs approches de gestion de risque et les rentes viagères semblent incontournables.

Pour lire le dossier complet de Finance et Investissement, cliquez ici.

Articles récents

Pertes apparentes : attention au traitement fiscal

La notion de personnes affiliées s’applique notamment au conjoint et à une société. Vous

Voir plus

Injustice pour les parents des enfants en garderies privées

Adieu les frais de garderie modulés en fonction des revenus des parents ! Prévue pour 2022, la

Voir plus

Le Québec est-il encore le paradis des familles?

La mise à jour économique du 7 novembre a montré que la CAQ semble avoir les mêmes

Voir plus