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Source :  Chronique de Stéphanie Grammond initialement publiée dans La Presse : https://www.lapresse.ca/affaires/finances-personnelles/202001/18/01-5257375-videz-votre-reer-en-premier.php

J’ai une solution qui plaira aux retraités qui en ont marre de la gestion de leur régime enregistré d’épargne-retraite. Videz-le ! En utilisant vos épargnes personnelles durant les premières années de votre retraite, vous pourrez reporter le début de vos rentes gouvernementales.

Les experts s’entendent pour dire qu’un bon nombre d’individus devraient attendre jusqu’à 70 ans avant de réclamer leurs rentes du Régime de rentes du Québec (RRQ) et de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), qui seraient alors bonifiées de 42 % et 36 %, respectivement.
Par la suite, les retraités toucheraient une somme suffisante pour couvrir pratiquement tous leurs besoins jusqu’à la fin de leurs jours, 100 % garantie par le gouvernement. Indexée à l’inflation. Qui dit mieux ?
Mais dans la pratique, les retraités ne sont pas si patients. Ils veulent leurs rentes au plus vite. Un tient vaut mieux que deux tu l’auras.
En pigeant parmi les commentaires des lecteurs de La Presse qui m’écrivent abondamment lorsque j’écris sur le sujet, j’ai fait ressortir les principales objections des Québécois face au report des rentes. Ce sont les réticences qu’il faut vaincre si on veut les encourager à patienter.

La mort au bout du nez

« Dans ma famille, l’espérance de vie moyenne est de 75 ans ! Pourquoi attendre 67 ou 70 ans ?»

– Daniel

De manière générale, les gens sous-estiment leur espérance de vie. On est tous frappés quand un de nos proches disparaît trop jeune. Mais il faut garder la tête froide.
Si vous prenez votre retraite aujourd’hui, vous pouvez espérer vivre jusqu’à 90 ans. Mais il s’agit d’une moyenne. En fait, vous avez 25 % de probabilité d’être encore en vie à 95 ans… et c’est encore plus vrai si vous êtes non-fumeur et en bonne santé.

Alors pensez-y bien. Votre retraite pourrait facilement durer 30 ans !

Mais il est vrai que nous ne sommes pas tous égaux face à la mort. Au Québec, par exemple, les cadres et les professionnels municipaux vivent plus longtemps que les cols bleus. L’écart est de 18 mois chez les hommes et de 12 mois chez les femmes.

On ne vit qu’une fois

« Tout cela semble bien beau, mais ça fait abstraction d’une dure réalité : les gens de 60-75 ans sont très vulnérables à une multitude de problèmes de santé qui hypothéqueront leur qualité de vie. Si vous avez la moindre possibilité de quitter [votre emploi] entre 55 et 60 ans, faites-le au plus vite. Après, la possibilité que les bobos apparaissent est très élevée.»

– Jean

Je n’ai rien contre le fait de profiter de la vie lorsqu’on est en santé, au contraire. Mais il ne faut pas non plus se retrouver à sec lorsque les « bobos » apparaîtront à un âge plus avancé, gonflant votre facture de soins de santé.

Si vous devenez invalide un jour, vous serez certainement heureux de recevoir une rente garantie par le gouvernement, plutôt que d’avoir à gérer vous-même un portefeuille de placements soumis aux aléas des marchés financiers.

Bien sûr, des proches pourront vous épauler. Mais quand les aînés perdent leurs moyens, ils deviennent plus vulnérables à la fraude, trop souvent perpétrée par l’entourage qui s’occupe d’eux.

Dur, dur de travailler

« Je n’ai rien contre le fait de travailler, mais ça dépend de votre métier. Pour un actuaire assis sur sa chaise, ce n’est pas la même chose que pour une personne qui travaille dehors, dans un milieu moins sain pour la santé.»

– Patrick

Je suis bien consciente que certains métiers sont plus pénibles que d’autres. Mais le débat est ailleurs. On ne dit à personne à quel âge prendre sa retraite. On leur suggère simplement d’utiliser leurs épargnes personnelles pour financer leurs premières années de retraite, ce qui est facile à budgéter, de manière à toucher une rente bonifiée pour le restant de leurs jours.

Et mes héritiers ?

« Je suis un retraité qui a décidé de prendre à 60 ans ma rente du RRQ. Si je meurs avant 70 ans, je n’aurai pas eu droit à un sou du RRQ et ce sont mes héritiers qui seront pénalisés puisque j’ai pris mes placements pour vivre.»

– François

J’en conviens, vos héritiers seront pénalisés si vous mourez jeune. Vous n’aurez plus d’épargne à leur léguer et la bonification de votre rente n’aura servi à rien, même s’il faut dire que le RRQ verse une rente aux conjoints survivants (toutefois, le montant est dérisoire pour les conjoints qui reçoivent déjà une rente élevée du RRQ).

Mais voyez la situation à l’envers. Le report sera drôlement avantageux si vous devenez centenaire, ce qui est plus fréquent qu’on pense. Un homme de 60 ans a 10 % de chances de se rendre jusqu’à 97 ans et une femme jusqu’à 100 ans.

Le report de la rente vous met à l’abri du risque de survivre à vos épargnes et d’avoir à quémander de l’aide à vos héritiers pour joindre les deux bouts.

La confiance envers les gouvernements

« La promesse de revenus plus élevés et indexés à compter de 70 ans est attrayante, mais encore faut-il qu’elle se réalise. En quoi pouvons-nous être certains que les gouvernements honoreront leurs engagements ?»

– Daniel

Disons-le haut et fort : le RRQ est en pleine forme. Les entrées de fonds sont suffisantes pour couvrir les sorties de fonds sur 50 ans, sans utiliser le capital qui est en réserve à la Caisse de dépôt.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que nos propres épargnes sont aussi soumises à une foule de risques : chute boursière, baisse des taux d’intérêt, etc.

Des conseils, svp !

« Où sont nos conseillers financiers ? Ne font-ils qu’empocher des milliers de dollars ? J’ai 65 ans et c’est moi qui ai demandé à mon conseiller de le rencontrer afin de faire un planning.»
– Danièle

« Il serait intéressant de savoir jusqu’à quel âge devra vivre le pensionné pour récupérer le montant qu’il n’a pas reçu entre 65 ans et 67 ans grâce à la bonification de la rente.»
– Claude

Jusqu’à quel âge dois-je vivre pour que le report soit payant ? Voilà la grande question que les retraités se posent. Malheureusement, la réponse dépend d’une foule de facteurs. Mais pour vous donner une idée, j’ai demandé à Dany Provost, directeur de la planification financière et de l’optimisation fiscale chez SFL, de faire des simulations à partir de cas types.

Prenons un homme de 65 ans qui gagne 60 000 $. Il a toujours contribué au maximum au RRQ depuis 25 ans. Il a aussi accumulé 300 000 $ dans son REER et 30 000 $ dans son CELI. Pour lui, le report des rentes RRQ et PSV est avantageux. Il devra vivre jusqu’à 85 ans pour récupérer l’argent qu’il n’aura pas reçu entre 60 et 70 ans. Mais ça vaut la peine, car son espérance de vie est de 89 ans.

La situation est différente pour un homme du même âge qui a un salaire (40 000 $) et des épargnes (75 000 $ dans son REER, 10 000 $ dans son CELI) plus modestes. Pour avoir droit au Supplément de revenu garanti (SRG) qu’Ottawa verse aux aînés à faible revenu, il doit demander sa PSV dès 65 ans. Et pour optimiser les versements du SRG, il devrait retirer ses épargnes du REER rapidement et reporter son RRQ à 70 ans.

Le report de la rente est une décision complexe. Pour que les gens fassent le meilleur choix, il faut leur donner les outils nécessaires. On pourrait commencer par inscrire le montant de la rente à 70 ans sur le formulaire que Retraite Québec envoie aux participants qui atteignent 60 ans. Une telle information encouragerait certainement les gens à reporter leur rente.

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