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De bonnes hypothèses fiscales changent complètement la situation.

Lorsqu’on fait des projections dans une planification financière, il importe d’avoir un logiciel capable de faire des illustrations sensées. Si vous utilisez un logiciel où vous devez saisir manuellement les taux d’imposition, svp, jetez-moi ça à la poubelle. En 1973, ça pouvait être acceptable, mais pas en 2018.

Une planification financière ne se fait pas non plus avec un revenu brut. Toutes les personnes en affaires devront décaisser un jour ou l’autre l’argent qu’elles ont accumulé. Soit elles ont un gros compte non enregistré, soit elles ont des sommes dans une société de gestion. Rajoutons à cela le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) et utiliser un revenu brut pour faire des projections n’a plus aucun sens, pour qui que ce soit.

Un des éléments souvent négligés dans les logiciels est la ventilation des revenus de placement. Cette ventilation est nécessaire dans la mesure où, au-delà de la simple précision, on veut analyser les conséquences de différents types de revenus de placement. Ainsi, on pourra démontrer au client les avantages d’une certaine répartition d’actif par rapport à une autre. De plus, on pourra également voir l’impact d’un déclenchement de gain en capital ou la réception de tel type de distribution, par exemple.

Il y a aussi le problème de l’illustration de l’imposition des sociétés par actions dans les logiciels. Ils sont peu nombreux à offrir cette caractéristique, pourtant essentielle dans le marché des gens d’affaires.

Avec les nouvelles règles fiscales touchant les sociétés par actions, il devient impératif d’utiliser des logiciels performants pour illustrer la situation future d’un client en affaires. Vous en doutez ?

Écart important

Regardons un exemple de projections avec différents niveaux de précision pour nous en rendre compte.

Pour ce faire, nous utiliserons deux logiciels :

Logiciel no 1 : un logiciel avec paliers d’impôts progressifs pour les particuliers, incluant la cotisation au Fonds des services de santé (FSS) et à l’assurance-médicaments du Québec, avec deux types de crédits (montant personnel de base et dividende ordinaire). Pour les sociétés, une fiscalité de base est calculée, mais sans la ventilation des gains (100 % intérêt) ni le calcul du compte de revenu à taux général (CRTG) ou de l’impôt en main remboursable au titre de dividendes (IMRTD). L’actionnaire se verse donc toujours des dividendes ordinaires et le taux d’imposition sur les revenus d’intérêt de sa société est de 19,5 %, soit le taux qui s’appliquera à compter de 2020 (lorsque le logiciel mettra ses taux d’imposition à jour).

Logiciel no 2 : un logiciel avec des calculs d’impôt précis, incluant les nouvelles règles en fiscalité des sociétés et la ventilation des revenus de placement. J’ai moi-même conçu un tel outil de calcul et le logiciel FP Solutions (Wolters Kluwer) est un bon substitut. Il est préférable de faire vos vérifications diligentes pour en trouver d’autres.

Un actionnaire célibataire de 35 ans, ayant un profil modéré – 4 % de rendement par année -, exploite une entr eprise dégageant 400 000 $ de bénéfice avant impôt dans sa société. Il ne détient aucun compte de placement actuellement. Son coût de vie est de 120 000 $. Pour simplifier les choses, disons qu’il s’est toujours rémunéré sous forme de dividendes et qu’il continuera ainsi jusqu’à sa retraite, à 65 ans.

L’important, ici, n’est pas le réalisme des hypothèses, mais bien la similitude de celles-ci d’une version à l’autre. Ainsi, on pourrait illustrer une foule d’éléments supplémentaires, tels des profils d’investisseur qui évoluent dans le temps. Or, étant donné les limites du premier logiciel, on veut comparer des pommes avec des pommes. On ne conservera donc que ces hypothèses simples.

Le logiciel no 1 donne une valeur successorale de 907 000 $ à l’âge de 95 ans. Dans ce cas, la marge de manoeuvre est relativement mince à la fin des projections, ce qui peut rendre le client inquiet de sa situation.

Le logiciel no 2, en ventilant les gains – 1 % en revenu d’intérêt, 1 % en dividendes canadiens et 2 % en gain en capital, dont 25 % est réalisé chaque année – donne une valeur successorale de 6,7 M$ au même âge ! Toute inquiétude est disparue.

On a beau dire que ce ne sont que des projections et que celles-ci ne se réaliseront pas comme prévu, rend-on vraiment service à son client en illustrant une fiscalité aussi imprécise (malgré les apparences) que celle du premier logiciel ? Il faut retrancher 29 % du rendement (2,84 % au lieu de 4 %, soit 1 % en intérêts, 1 % en dividendes et 0,84 % en gain en capital) afin de simuler des projections aussi mauvaises que celles du premier logiciel !

Imaginez la différence possible lorsqu’on ajoute un conjoint et des enfants avec toute la fiscalité relative à leur présence.

Bien sûr que le conservatisme est de mise en planification financière. Mais un conservatisme non désiré, généré par de mauvais calculs fiscaux, n’est pas plus souhaitable qu’un excès d’optimisme.

Qui plus est : si vous utilisez un bon logiciel de planification financière, il tiendra compte de crédits d’impôts qui ne seront pas tenus en compte par un outil moins performant. En rencontrant un client potentiel qui s’est déjà fait faire une planification par un concurrent avec un outil bas de gamme, vous «créerez» de la richesse simplement avec une précision fiscale accrue… et je ne parle même pas d’optimisation ! Question de crédibilité, il est bien possible que ce prospect se transforme en client. Et avec les nouvelles règles en fiscalité des PME, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de lésiner sur cet élément. Bonne réflexion !

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